Formateur sous les projecteurs : François Derème

1. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots? 
Professionnellement parlant, avec des majuscules: Avocat, Indépendant, Libre et Passionné par mon métier. Pour le reste, 35 ans... fort heureusement en bonne santé et entouré d'amis chers.

2. Quelle est votre formation? 
A la fin de mes humanités, j'étais fort tenté par les études d'histoire, de philologie romane ou classique, ou encore par l'histoire de l'art. La perspective de devenir conservateur d'un musée poussiéreux et sans budget, professeur chahuté ou rat de bibliothèque m'effrayait... C'est donc vers des études de droit, parce qu'il mène à tout me disait-on, que s'orienta finalement mon choix. Fort attiré par les matières civiles, je décidai de parachever ma formation par la licence en notariat à l'U.C.L. De ces six années passées à l'université, la licence en notariat fut la plus riche et la plus décisive. C'est notamment durant cette année que j'ai eu la chance de rencontrer et d'apprécier les professeurs Taymans, Grégoire, Verwilghen, Beguin, Renchon... ainsi que le notaire honoraire André Nerincx, dans le cadre de mon stage notarial que j'effectuai dans l'étude de son gendre, Me James Dupont, alors Président de la FRNB. L'année suivante, en commençant mon stage d'avocat, j'entrepris, en cours du soir, la licence en fiscalité à l'ICHEC (Ecole Supérieure de Sciences Fiscales).

3. Comment vous est venu le goût pour la rédaction d'articles et de livres juridiques ? 
Durant ma licence en notariat, je rédigeai, avec l'aide de Me André Nerincx, un travail sur la conservation et la transmission des châteaux et domaines de famille. Une fois ce travail réalisé, il m'invita à organiser en son bureau une réunion à laquelle nous invitâmes les professeurs Taymans, Delnoy, Renchon, ainsi que M. Allard (Fondation Roi Baudouin). Imaginez, étudiant âgé de 24 ans, ma joie et ma fierté ... Finalement, ce travail fut publié dans la Revue du Notariat, chose que je n'aurais alors jamais osé espérer. Ce fut pour moi une récompense de taille, mais surtout la révélation de ce qu'écrire dans une revue juridique de qualité était devenu pour moi de l'ordre du possible. Une autre personne a également joué un rôle très important à ce titre. Il s'agit d'André Culot qui, très tôt, m'invita à publier des textes dans le Recueil de l'Enregistrement et du Notariat (RGEN) et me proposa ensuite de devenir membre du comité de collaborateurs de cette revue. Depuis lors, cette passion et cette envie d'écrire ne m'ont plus quitté.

4. Après vos études, quel a été votre parcours professionnel? 
J'ai commencé mon stage au barreau de Nivelles, chez le bâtonnier Michel Janssens. C'est chez lui que j'ai découvert les qualités humaines, règles et valeurs indispensables au bon exercice de notre profession d'avocat : indépendance, confraternité, loyauté et dévouement. J'ai ensuite travaillé à Bruxelles, dans un cabinet de plus grande taille (Landwell), alors associé à PricewaterhouseCoopers. J'ai pu y mettre en pratique le diplôme de fiscalité que je venais de décrocher. Attaché au département de droit immobilier alors dirigé par Me François de Montpellier, je travaillais également en étroite collaboration avec André Culot. J'y ai travaillé deux ans en matière fiscale immobilière et d'ingénierie patrimoniale. C'est à cette époque que je commençai à écrire régulièrement pour votre maison d'édition, principalement dans le RGEN. Etant alors convaincu que les matières juridiques et fiscales liées au droit patrimonial de la famille, à l'ingénierie patrimoniale en général et aux programmations successorales en particulier, me passionnaient et constitueraient le corpus de mon activité professionnelle future, je décidai de suspendre provisoirement mon activité d'avocat afin d'acquérir une expérience de conseiller patrimonial dans une grande banque privée. Mon objectif était de pratiquer les mêmes matières (l'ingénierie patrimoniale), mais sous une autre casquette, ayant remarqué que les banquiers privés et les équipes d'ingénieurs patrimoniaux qui les entourent étaient souvent en première ligne de la demande du client et de l'offre du conseil patrimonial. Je travaillai 20 mois pour la filiale d'ingénierie patrimoniale d'une grande banque française. Ma chance fut d'y travailler à une époque (2001-2002) où le mouvement des délocalisations de particuliers fortunés français vers Bruxelles apparaissait alors encore discrètement. Du côté belge, c'était aussi l'époque pré-DLU (... et DLU-bis) où se pratiquaient les régularisations volontaires de fonds offshore et où les banquiers luxembourgeois vendaient à corps et à cris les contrats d'assurance-vie dits de branche 23. Ce contexte constitua une opportunité exceptionnelle pour moi, une occasion d'apprendre, de manière pratique mais aussi théorique par les recherches et publications que j'effectuai alors sur ces sujets. Cet intermède bancaire de 20 mois orienta de manière importante et durable la suite de ma carrière. Voici donc 5 ans que, réinscrit au barreau, je pratique comme avocat non contentieux, conseillant les familles belges et luxembourgeoises, mais surtout les délocalisés français établis en Belgique. Après avoir travaillé un an pour un cabinet luxembourgeois, je viens de m'associer avec Me Eric Delloye, avocat fiscaliste au barreau de Paris, ayant lui aussi travaillé à Luxembourg et maîtrisant parfaitement les législations fiscales patrimoniales française et luxembourgeoise.

5. Comment voyez-vous l'exercice de votre profession? 
En étroite collaboration et complémentarité avec les autres professionnels du droit patrimonial que sont les notaires, les conseillers privés et les ingénieurs patrimoniaux des banques privées et compagnies d'assurance. Contrairement à certains avocats qui ont tendance à stigmatiser le notariat, j'ai toujours entretenu d'excellents rapports avec lui, depuis mes études de notariat à l'UCL. J'ai renforcé cette attache en 2004, année au cours de laquelle j'ai été élu membre suppléant de la commission française de nomination pour le notariat.

6. Depuis quand enseignez-vous et quelle satisfaction en tirez-vous? 
De retour de Luxembourg en 2003, il me fut proposé de reprendre la charge d'assistant de Me Emmanuel de Wilde d'Estmael, pour le cours de droit des successions et libéralités de l'ULB. Ce fut pour moi une nouvelle révélation. Contrairement à mes appréhensions quant à l'enseignement et à la crainte de devoir ré-expliquer chaque année les mêmes matières et programmes, je découvris au fil des ans que l'expérience était chaque année nouvelle, différente et enrichissante. J'éprouve la même satisfaction d'enseignement dans le cadre des cours que je donne depuis la même époque à l'ICHEC (diplôme de gestion de patrimoine du programme Ichec-Entreprises) et lors des conférences auxquelles je suis invité, que ce soit par les facultés de droit francophones, par les cercles d'étude notariaux, par les banques privées ou encore par des sociétés privées de séminaires. Si je pouvais donner un conseil aux étudiants:, faites et choisissez dans votre future carrière juridique ce qui vous passionne, vous, et non pas ce qu'attendent de vous vos parents, votre entourage ou la société : les secteurs porteurs du droit, les soi-disant débouchés, ou matières prisées par les grosses sociétés ou gros cabinets d'avocat. Suivez vos passions, sans vous préoccuper de ce qui est porteur ou financièrement rentable. Vous risqueriez d'y perdre âme et goût du travail. Je suis étonné de cette pression permanente à la rentabilité et au paraître que subissent actuellement les jeunes juristes au sortir de leurs études. A les entendre, un début de carrière réussi se résume et se mesure à l'aune d'une importante rémunération, offerte par une grande société au nom prestigieux, un mégacabinet d'avocatsou étude notariale.

7. Quels sont les principes et les valeurs qui sont essentiels à vos yeux? 
La famille, l'amitié, l'optimisme, la confiance en soi et en son prochain. Le tout si possible épicé d'humour et de joie de vivre. Et surtout les exhortations de mon Saint patron d'Assise, dont la célèbre prière pour la paix, se termine par ces mots Car c'est en se donnant que l'on reçoit, c'est en oubliant qu'on se retrouve soi-même, c'est en pardonnant que l'on obtient le pardon, c'est en mourant que l'on ressuscite à la Vie. L'application de ces valeurs, non seulement dans la sphère privée, mais également dans le monde professionnel rend au travail sa vraie dimension, passionnante et enrichissante.

8. Comment associez-vous votre parcours professionnel avec vos passions et vos valeurs ? 
Dans ma spécialisation, je me suis sous-spécialisé, tant dans mes dossiers que par des recherches, publications et conférences, dans la transmission des patrimoines culturels et artistiques. C'est pour moi une satisfaction énorme de retrouver, par le biais de ma profession, mes passions et centres d'intérêt de toujours : l'art et l'histoire. D'autre part, le droit patrimonial de la famille est aussi devenu pour moi une passion ... Quant à mes valeurs, j'essaie de les pratiquer aussi bien dans la sphère privée que professionnelle. Dans ces matières, la confiance du client est essentielle; surtout lorsqu'il décide de vous confier ses intérêts et vous dévoile, sans rien vous cacher, sa situation personnelle, familiale et patrimoniale, mais aussi ses craintes et questions quant à l'avenir de son patrimoine et de ses proches. C'est une relation qui est basée sur une confiance absolue, sur un respect réciproque et sur la durée.

9. A titre plus privé et personnel, quels sont vos hobbys, vos goûts, vos préférences? 
Reprenant Amélie Poulain, je dirais que François n'aime pas la suffisance, la médiocrité, le mauvais goût, le désordre, la mauvaise éducation, l'absence de curiosité, la malhonnêteté et le mensonge. Ce qu'il aime : les lectures (romans, mais aussi vous l'aurez compris, ouvrages historiques... et juridiques), la généalogie, les voyages culturels, la découvertes de musées, d'expositions, de collections et de lieux anciens, mais encore plus la visite de collections privées, guidé par un collectionneur passionné intarissable lorsqu'il vous dévoile ses trésors inédits. Mon plus grand plaisir, c'est de lire ou de travailler, installé sur ma terrasse au lever du jour, avec une théière chaude, un bon morceau de chocolat noir à portée de main et pour seul bruit de fond le pépiement des oiseaux qui s'éveillent. Ce que j'aime par dessus tout, c'est être entouré et soutenu, mais surtout entourer et soutenir mes parents et amis.

10. Quel pourrait être le mot de la fin de cette interview ? 
Que toutes les personnes ici citées, et tant d'autres, soient remerciées pour le rôle qu'elles ont joué dans l'apprentissage et l'orientation de ma carrière professionnelle.

 

François Derème donne les formations :